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International (Sud Quotidien du jeudi 21 avril 2005)


MOHAMED OULD MAOULOUD, PRESIDENT DE L’UFP :

«Notre congrès est révélateur d'une scène politique qui commence à bouger »


Mohamed Ould Maouloud, Président de l’UFP est «optimiste» pour le devenir de son pays, la Mauritanie. Au sortir du 2ème congrès ordinaire de sa formation politique, il a bien voulu répondre aux questions de Sud Quotidien et tirer les leçons d’assises «de la consolidation et de l’espérance», qui se sont tenues à Nouakchott du 31 au 3 avril 2005.

Quel bilan tirez-vous du congrès ?

Nous en tirons un bilan largement positif. Pour dire les choses simplement, notre parti vient, avec ce congrès, de parachever un processus de refondation et de reconstruction entamé depuis 1998, suite à la scission de l'UFD/EN, le grand rassemblement de l'opposition à l'époque, qui regroupait la tendance Ahmed Ould Daddah et le courant "Mouvement National Démocratique" que nous représentons.

Le 2e Congrès ordinaire a été aussi l'occasion pour l'ensemble de notre parti de renouveler son adhésion à la ligne de recherche d'un compromis politique entre le pouvoir et l'opposition pour assurer une transition démocratique pacifique. Faut-il rappeler que le bien fondé de cette stratégie fut longtemps contesté par la plupart de nos amis de l'opposition. Nombre de détracteurs de notre parti, voire d'observateurs indépendants, accusaient l'UFP de brandir la menace de la guerre civile et de la désagrégation de l'État simplement pour justifier une politique de compromission. Mais le 8 juin 2003, avec la tentative de putsch militaire, l'incertitude dura 48 heures, les populations prirent conscience subitement que le pays était au bord de l'abîme, que la catastrophe du chaos et de l'anarchie n'arrive pas qu'aux autres. L'instabilité qui s'ensuivit jusqu'au dernier procès de Ouad Naga fit craindre le pire et démontra à tous les acteurs nationaux que le danger n'est pas imaginaire, que le compromis entre les protagonistes est la seule solution viable. C'est ce sentiment, aujourd'hui largement partagé par l'opinion et par la plupart des partis qui s'est reflété dans le congrès de l'UFP. Pour la première fois dans l'histoire de la jeune démocratie mauritanienne, les partis de la mouvance présidentielle et les partis de l'opposition se sont retrouvés côte à côte dans la même salle, se sont même prononcés à la tribune du congrès en faveur du dialogue politique. Ce congrès a donc servi de révélateur d'une scène politique qui commence à bouger, et dans le bon sens. Il a détendu l'atmosphère et ainsi préparé indirectement les esprits au Forum sur les valeurs démocratiques du 11 et 12 avril, évènement de grande portée pour l'avènement d'un dialogue politique national.

Pensez-vous que le dialogue politique dont votre formation politique est l'un des ardents défenseurs est à même de sortir la Mauritanie de la crise politique et sociale où elle se débat depuis des années déjà?

Depuis 1991 que n'a-t-on pas essayé? La confrontation totale opposition-pouvoir a crispé les esprits et conduit à l'impasse. Le triomphalisme béat du parti dominant et la stratégie de l'immobilisme et du camp retranché n'ont pas prémuni le régime contre l'instabilité. Les rares avancées démocratiques se sont produites en 2001, à un moment de grande accalmie voire de marasme politique, grâce précisément au dialogue UFP-Pouvoir. Nous avons obtenu du Président de la République des améliorations sensibles du système électoral, qui ont permis ce qui paraissait pour beaucoup impensable : l'organisation en octobre 2001d'élections municipales et législatives relativement transparentes. C'est bien à ces élections que l'opposition doit son entrée pour la première fois au Parlement et le contrôle de plusieurs municipalités. Loin de moi de prétendre que la politique est une histoire de bons sentiments. Cette expérience signifie plutôt que les facteurs qui concourent à de telles avancées ne sont pas seulement les rapports de force perçus dans le sens étroit de la notion. Il arrive des situations où l'opposition est faible mais où le pouvoir ne peut se prémunir contre l'instabilité en raison de contexte intérieur ou extérieur. Toutes les parties peuvent avoir intérêt alors à s'entendre sur un compromis qui préserve ce qui est vital pour chacun. Vu sous cet angle ce qui pousse au compromis n'est pas forcément un rapport de force déterminant, mais bien d'autres facteurs, tel l'intérêt du pouvoir à se rénover ou à bien asseoir la stabilité politique ou sa position face à des pressions intérieures ou extérieures. Bien apprécier tous ces éléments, mettre en valeur les atouts directs et indirects dans une approche globale et graduelle associant la lutte politique et le dialogue, voilà nous semble-t-il une ligne plus adéquate à une situation de fragilité générale et de la démocratisation et de l'institution étatique et susceptible de conduire au changement souhaité sans faire courir au pays le risque d'épreuve de force aventuriste et d'incendies incontrôlables. D'ailleurs les autres approches ("guerre des tranchées" opposition-pouvoir , putsch ) n'ont conduit qu'à l'impasse ou au bord de l'abîme. Aujourd'hui, que l'ensemble des acteurs de la scène nationale s'engagent dans le dialogue, l'espoir est permis de voir l'espace démocratique s'élargir et la dynamique du changement s'accélérer. Je dois tout de même dire combien l'expérience sénégalaise est instructive en ce sens et a influencé positivement la manière de voir les choses chez nous . Elle nous inspire la patience , la persévérence et la souplesse d'esprit, qualités toutes nécessaires en politique.

La question sociale est encore prégnante dans le pays, notamment la question de l'esclavage et de l'équité sociale entre "Blancs" et "Noirs". Que préconisez-vous comme solution durable?

Effectivement notre congrès a pris des résolutions importantes dans le sens et de la réconciliation nationale mise à mal par les graves et douloureux évènements des années 1989-1990 et de l'éradication des survivances de l'esclavage. Mais il faut peut-être faire observer qu'il n'y a pas de rapport entre les deux questions, même si les Haratine (anciens esclaves) sont racialement noirs comme les minorités négro-africaines Halpularen, Soninké et Wolof. Dans ce dernier cas il s'agit d'un problème ethnique. Nous devons, non seulement panser les blessures du passé , mais aussi et surtout mieux redéfinir les fondements de notre unité nationale, de la coexistence de nos différentes communautés ethniques. L'UFP sur ce plan prône l'unité nationale sur la base de la reconnaissance et du respect des spécificités culturelles de chacun et de l'égalité en droit. C'est le débat national permanent qui nous aidera à améliorer sans cesse des rapports intercommunautaires assurément bien meilleurs aujourd'hui que par le passé.

Quant à la question de l'esclavage, il y a les réalités et des idées reçues. La réalité n'est guère différente de celle qui existe partout dans notre sous région ouest-africaine : l'existence de survivances de l'esclavage dans les rapports à la terre, dans le classement dans la société moderne, dans les mentalités et, plus rarement dans les marge de la société rurale, des liens de dépendance personnelle servile. Il doit être précisée que les grandes sécheresses des années 1970 ont bouleversé la société traditionnelle à telle enseigne que de 70% nomade elle est devenue à plus de 80% sédentaire! Ce fut le facteur décisif de l'abolition de l'esclavage. La persistance de cas d'asservissement tient du caractère patriarcal et domestique de l'esclavage en Mauritanie. En effet ce type d'esclavage crée à la longue des liens personnels. Si en plus, l'esclave n'a pas d'autres perspectives d'insertion sociale, il n'a pas souvent le courage de quitter ses maîtres. Mais encore une fois, ce type de rapport est de plus en plus rare à rencontrer. L'éradication de l'esclavage est d'abord une question d'assistance aux victimes de la servitude, mais aussi et surtout de discrimination positive en matière d'accès aux services sociaux (éducation etc.) pour les anciens esclaves désormais libres mais sans grandes perspectives.

Avant de finir, il n'est pas inutile de rappeler à vos lecteurs que la persistance des survivances de l'esclavage n'est l'apanage d'aucune ethnie particulière en Mauritanie mais se retrouve chez toutes et qu'elle n'est plus la marque distinctive d'une société mauritanienne largement tributaire des rapports marchands.

Propos recueillis par Madior FALL

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