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Excellences, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les représentants des organisations internationales,

Mesdames et Messieurs les représentants des partis politiques d’Afrique et de France,

Mesdames et Messieurs les représentants des partis politiques mauritaniens,

Mesdames et Messieurs,

Chers camarades congressistes,

Le IIe Congrès de l’UFP s’ouvre dans des conditions particulières, à la fois au plan international, sous-régional et national. Nous allons partager avec vous quelques-unes des conclusions auxquelles notre parti est parvenu. Mais avant tout, au nom de l’ensemble des membres du parti, qu’il nous soit permis de rendre un vibrant hommage à tous nos camarades disparus depuis le précédent congrès, en particulier à nos camarades Mouhamdy ould Abeidarrahmane et Diop Samba, qui nous ont été arrachés respectivement le 23 juillet 2003 à la fleur de l’âge et le 27 janvier 2003. Leur souvenir demeurera éternellement dans nos cœurs.

C’est également pour notre parti l’occasion de s’incliner respectueusement devant la mémoire du Président Moktar ould Daddah, fondateur de l’Etat mauritanien et initiateur de grandes réformes de souveraineté nationale, disparu le 14 octobre 2003

1. UN MONDE A LA CROISEE DES CHEMINS

Lors de notre dernier Congrès (17 août 1998) nous avons accordé une attention toute particulière au phénomène de la globalisation, à la fin de la guerre froide et de la rivalité des superpuissances, à l’affirmation de la domination unique de l’hyperpuissance américaine, tout en nous inquiétant des conséquences de l’ultralibéralisme et de la pensée unique. Nous n’avions pas manqué de discerner l’émergence des Tigres et des Dragons d’Asie, la gestation de nouveaux pôles comme l’Europe et la possibilité désormais offerte du développement de l’économie de marché et de la démocratie pluraliste dans le monde.

1.1. Les USA tentent d’être les seuls maîtres du monde :

Au cours de son premier mandat, M. Bush, s’appuyant sur la puissance économique et la force militaire de son pays, a mené une politique de gestion unilatérale des affaires du monde et de confrontation pour répondre aux questions majeures du moment, n’hésitant pas à courir le risque de plonger le monde dans un nouveau cataclysme : la guerre toujours en cours en Irak en est l’une des meilleures illustrations ; déclenchée à partir d’un prétexte fallacieux, cette guerre a conduit au chaos total, à la destruction des fondements de l’Etat, d’une part inestimable du patrimoine culturel de l’humanité, à la mort de plus de cent mille Irakiens et près de deux mille Américains.

Les pays et les peuples du monde, dans toutes les instances internationales et sur l’ensemble des continents, se sont unis, à des degrés divers, sous diverses formes et avec des engagements variables, pour s’opposer à la politique d’agression et de déni du droit international du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique. De grands pays européens comme la France et l’Allemagne y ont contribué.

Si, du fait de son isolement international et de son embourbement en Irak et en Afghanistan, M. Bush semble, au cours de son second mandat, avoir apporté un bémol à la politique extérieure aventuriste de son premier mandat, la politique du « Grand Moyen-Orient » du gouvernement américain laisse penser que ses choix en matière de politique internationale demeurent fondamentalement les mêmes.

S’étant approprié de manière opportuniste du « Rapport sur le développement humain arabe » signé par M. Fergany, un expert égyptien de haut niveau, il a tenté de le généraliser de manière abusive à un ensemble plus large, englobant d’autres pays et peuples, tout en faisant fi de leurs spécificités. Même si les catégories dirigeantes et une partie de l’intelligentsia arabe a tendance à accepter le diktat américain comme voie de salut, il est évident que c’est illusoire qu’il n’y a pas d’avenir pour une politique de simulacre de la démocratie.

Notre parti, l’UFP, estime que le système démocratique est nécessaire à l’ensemble des peuples, en particulier aux pays et aux peuples du Moyen-Orient qui connaissent un retard considérable dans ce domaine. Mais, pour que le système démocratique soit viable et durable, il doit prendre racine dans la culture et les valeurs des peuples concernés, ces derniers doivent se reconnaître en lui et l’assumer, tout en s’ouvrant aux expériences enrichissantes des autres peuples et en les adaptant à leurs conditions propres. Il n’y a pas de démocratie possible sous l’occupation et à la pointe des canons étrangers comme en Irak : l’indépendance nationale et la justice sociale en sont les compagnons indispensables. C’est dans cette optique que le soutien des peuples américain et européens, et même celui de leurs gouvernements, pourraient nous apporter une contribution fort utile et digne de respect.

Le Monde, l’Humanité toute entière, sont à la croisée des chemins, deux choix se présentant à eux : la gestion et le règlement des affaires mondiales par la confrontation et la loi de la jungle, en s’appuyant sur les rapports de forces économiques et militaires ; ou la démocratisation des relations internationales et le respect des lois les régissant, le recours au dialogue, à la concertation pour parvenir à des compromis qui sauvegardent les intérêts des parties en présence. Notre planète n’est pas à l’abri de nouvelles catastrophes. De la sagesse de ses dirigeants et de la pression des peuples de divers continents, dépendra son avenir. L’UFP quant à elle milite pour un monde multilatéral et la démocratisation des relations internationales. Nous appuyons fermement les velléités de réforme du système des Nations Unies dans ce sens.

1.2. De nouvelles puissances émergent

La maturation des éléments nouveaux mentionnés par notre dernier Congrès a conduit à une situation toute nouvelle, marquée par la montée en puissance de pays et pôles (Chine, Inde, Brésil) dont le poids économique, démographique et technologique exerce une influence certaine sur la configuration des forces à l’échelle mondiale et sur son évolution prévisible. Si, pour de nombreux analystes, les USA resteront encore pour les années à venir, la seule hyperpuissance, il semble également certain que la Chine va devenir la principale puissance mondiale au cours des prochaines décennies.

Incontestablement, du fait des changements fondamentaux qui s’y opèrent, la Chine est devenue l’un des paramètres essentiels, dans l’analyse de la situation internationale, dans l’évolution et le devenir de notre planète. Plusieurs éléments, en particulier économiques, politiques, militaires, prenant des formes sous-régionales, entrent en ligne de compte :

Dans le domaine économique, en multipliant par deux son PIB au cours de deux cycles successifs de neuf ans, en entamant un troisième pour lequel les mêmes résultats sont attendus, la Chine a réalisé des performances inégalées dans l’histoire de l’économie de marché, y compris par le Japon et la Corée du Sud. L’un des économistes américains les plus illustres, Jeffrey Sachs dira : « La Chine est la plus belle réussite de développement que le monde ait jamais connue ».

Ce succès concerne une population de plus de 1,3 milliard de personnes : jamais, dans l’histoire de l’économie de marché, une population aussi importante n’est entrée en scène. Et si l’on tient compte du sous-continent sino-indien et de l’entrée en lice de l’Inde, c’est plus de 2,5 milliards de personnes qui sont concernées !

50 % des grues produites dans le monde sont consommées par la Chine, qui, tous les mois, construit l’équivalent de la ville de Paris (et il en sera ainsi pour les 20 prochaines années, selon les prévisions !).

L’émergence de dizaines de milliers de chercheurs de très haut niveau fait dire à Bill Gates que les principales découvertes du XXIe siècle pourraient en provenir.

Suite à l’effondrement de l’Union soviétique, la doctrine néolibérale de prétendue lutte contre la pauvreté à l’échelle mondiale, méritent d’être repensées à la lumière de l’édification de l’économie socialiste de marché en Chine. Désormais, il n’y a plus une référence unique pour l’accumulation et la répartition des richesses, mais deux modèles !

Dans le domaine politique, la rivalité entre l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique pour établir des relations privilégiées avec la Chine, la mise en œuvre par la Chine de nouveaux rapports avec l’Afrique et le Moyen- Orient, révèlent son rôle de plus en plus important dans les relations internationales.

En Asie, ce n’est plus autour du Japon mais de la Chine que la solidarité entre les pays s’organise, en se fondant sur leurs intérêts et ceux des peuples de la région, loin d’une quelconque allégeance à l’égard d’une puissance extérieure, comme l’illustrent les transformations affectant l’ASEAN et la naissance de la Banque Asiatique des Investissements.

Ces données nouvelles de la situation internationale imposent un approfondissement de notre vision du monde et de son devenir. Nous devons apprendre à intégrer ces nouveaux paramètres dans notre manière d’appréhender la situation internationale, dans tous les domaines, en particulier en ce qui concerne le devenir de l’Afrique, du Moyen-Orient et de leurs relations avec l’ensemble de leurs partenaires.

Le terrorisme est un phénomène mondial ancien, qui prend aujourd’hui des formes nouvelles, inspiré par des groupes extrémistes de diverses obédiences, tendant à violer la libre adhésion des populations et à imposer leur vision du monde par la violence, contre lequel les peuples et les pays doivent s’unir, pour le combattre résolument et l’éradiquer. Pour le déraciner, il faut s’attaquer résolument à son taureau que constitue l’humiliation, l’exploitation et l’oppression des peuples.

Les forces opposées au terrorisme dans le monde ont des approches différentes ou antagoniques du phénomène. A cet égard, la volonté des USA d’imposer ses propres critères du terrorisme et d’y assimiler toute opposition frontale à ses intérêts, constitue l’un des facteurs de discrédit et d’affaiblissement de la solidarité internationale contre le terrorisme.

Il n’est pas de pire terrorisme que celui que l’Etat d’Israël exerce contre le peuple palestinien et ceux de la sous-région, avec la compréhension, voire le soutien du gouvernement des USA, en dépit des résolutions des Nations-Unies et des lois internationales (l’assassinat des dirigeants palestiniens, colonisation des territoires, construction de murs de séparation, etc.) Tout cela jette le discrédit sur le rôle de médiateur impartial attendu des USA.

Partisan d’une solution pacifique, juste et équitable à la crise au Moyen-Orient, sur la base d’un compromis sauvegardant le droit à l’existence pour l’ensemble des peuples et pays de la sous-région, notre Parti a toujours été et demeure un fervent défenseur de la juste cause du peuple palestinien, tout en reconnaissant le droit à l’existence d’Israël aux côtés d’un Etat palestinien, ayant comme capitale Jérusalem.

2. EN AFRIQUE ET DANS LE MONDE ARABE : PERSISTANCE DES CRISES ET ASPIRATIONS AUX CHANGEMENTS

Les crises et les conflits violents qui secouent le continent africain, les guerres et autres formes de violences qui ensanglantent le Moyen-Orient, relèvent d’une crise structurelle en matière de modes de gouvernance (Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo).

En effet, en Europe, en Amérique du Nord, en Asie orientale, malgré la persistance de crises et conflits, la paix civile est devenue largement dominante, parce que les peuples de ces pays ont trouvé les réponses historiques nécessaires à la mise en place de modes de gouvernance garantissant l’accumulation des richesses, leur répartition plus ou moins équitable, ainsi que la prévention, l’arbitrage et la résolution des conflits. Dans ces pays, malgré la persistance de plaies sociales, les sociétés parviennent à accumuler des richesses, à préserver l’unité du tissu économique et social national, à répondre progressivement aux demandes citoyennes, en dépit de la gravité des crises et conflits qui les déchirent. Il n’en est pas de même en Afrique et au Moyen-Orient où ces questions fondamentales demeurent encore posées et sans réponses.

Les enjeux majeurs que nos peuples et nos pays doivent relever se nouent autour de la nécessité d’inventer, d’élaborer notre propre vision de notre devenir, des modes de gouvernance, viables et durables, garantissant l’accumulation et la répartition des richesses, offrant le cadre adéquat pour prévenir les crises et les conflits, les résoudre et les surmonter lorsqu’ils apparaissent.

L’UFP s’est toujours préoccupée de la nécessité d’établir des rapports de bon voisinage avec l’ensemble des pays auxquels des liens fraternels, économiques et sociaux nous lient. L’ensemble des forces vives du Maghreb et de l’Afrique ont le devoir d’édifier des relations fondées sur la confiance et les avantages mutuels. Dans le contexte international actuel, il n’y a pas d’avenir viable pour les pays du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest pris séparément. C’est dans la gestion de leur autonomie collective que réside le salut pour tous et pour chacun d’entre eux. Notre pays a eu tort de quitter la CEDEAO, ses initiatives pour la dynamisation de l’UMA sont en deçà de ses potentialités. L’UFP prend l’engagement solennel de continuer à militer pour que ces lacunes soient comblées, notamment en approfondissant la réflexion sur la rationalisation des structures existantes, prenant pour axe la simplification, l’efficacité et le rapprochement des peuples nord-ouest africains.

La question du Sahara occidental est un point d’achoppement au niveau du Maghreb. L’UFP a toujours soutenu le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination. Sur la base de la reconnaissance de ce droit, il est possible et nécessaire aux pays du Maghreb d’envisager leur unité et de surmonter leurs différends, par une solution de compromis acceptée par les principaux protagonistes, le Maroc et le F. Polisario.

La situation en Côte d’Ivoire est des plus préoccupantes pour la paix en Afrique de l’Ouest. Elle édifie l’ensemble des forces vives africaines sur l’impérieuse nécessité de conjuguer démocratisation et paix civile, pour éviter le chaos. Aujourd’hui, la solution en Côte d’Ivoire passe par un compromis entre toutes les parties en présence.

3. EN MAURITANIE, UNE SITUATION INSTABLE ET OUVERTE A TOUS LES RISQUES

3.1. Situation d’ensemble :

D’un point de vue général, notre pays connaît une situation paradoxale : il dispose de suffisamment de ressources (terres irrigables, cheptel, fer, cuivre, or, poisson, pétrole, gaz, etc.) pour que l’ensemble de notre peuple puisse vivre à l’abri du besoin, mais la grande majorité des populations vit dans la misère, au-dessous du seuil absolu de pauvreté.

S’il en est ainsi c’est parce que les richesses nationales sont mal gérées et mal réparties, demeurant le monopole de certaines catégories sociales minoritaires qui les détournent, les dilapident et en privent la grande majorité de notre peuple. Sous le prétexte du libéralisme, les consommateurs sont livrés au diktat de monopoles privés et d’ententes illicites. Les populations rurales sont périodiquement sous l’emprise de la disette et de la famine, tandis que la majorité des populations urbaines vit dans des conditions désastreuses en ce qui concerne les soins de santé, d’hygiène, d’habitat et d’éducation. La baisse vertigineuse du pouvoir d’achat, liée à l’accroissement des prix des denrées de première nécessité plonge des pans entiers des catégories moyennes dans la pauvreté. Ainsi, le nombre des Mauritaniens se partageant les richesses se réduit de plus en plus, tandis que celui des laissés pour compte s’élargit pour des moyens de subsistance de plus en plus limités.

Les Mauritaniens soucieux de la paix civile, de la justice sociale, de l’équité et du bien-être des populations doivent mettre en commun leurs réflexions pour apporter les modifications nécessaires aux modes de gouvernance en présence, en particulier aux structures économiques et sociales.

La découverte de nouvelles ressources (pétrole et gaz) suscite beaucoup d’espoirs. En son temps, l’UFP a apporté sa contribution critique à la politique du gouvernement mauritanien, en particulier au niveau de l’Assemblée nationale. Nous voudrions insister sur la nécessité de voir comment ces nouvelles richesses peuvent contribuer à améliorer nos relations de bon voisinage ; d’avoir bien en vue les risques liés à l’accroissement de l’immigration et de voir comment la gérer, la réglementer, pour sauvegarder les rapports de cohabitation mutuellement bénéfiques entre les Mauritaniens et leurs hôtes, frères des pays voisins ou d’autres pays.

Dans l’ensemble des pays démocratiques, les plus grands comme les plus petits, il est des questions sociétales autour desquelles les forces vives de la société s’accordent sur un consensus qui permet de garantir la paix civile, la viabilité et la durabilité. Les Mauritaniens devraient, dans les meilleurs délais, se rapprocher pour s’accorder sur un minimum : il y va de l’avenir du pays et des générations futures. A titre illustratif on pourrait citer les questions liées aux règles de la compétition électorale et démocratique, à l’exercice du pouvoir, à la gestion et à la répartition des ressources publiques, à l’éducation et à la santé, au partenariat entre les acteurs de la scène publique, aux relations avec les autres pays, à la défense de l’unité et de la souveraineté nationale.

3.2. Compétition politique et Etat de droit :

La compétition entre les forces politiques est une question préoccupante dans notre pays. D’une manière générale, le parti au pouvoir et ses alliés, tirant avantage du contrôle du pouvoir d’Etat, exerçant le monopole sur les ressources publiques, soutenus par les hommes d’affaires fortunés, disposent de moyens économiques et financiers au-delà de leurs besoins. L’opposition, par contre, rencontre d’énormes difficultés pour élargir son influence et la consolider : elle est interdite de toute forme de soutien provenant de l’extérieur et ne dispose ni de statut, ni de subventions convenables de la part de l’Etat.

Par ses luttes avec les autres partenaires de l’opposition, par sa politique de dialogue et de compromis national, par ses discussions avec le pouvoir, l’UFP a contribué à améliorer de manière significative le système démocratique et électoral dans notre pays. L’introduction de la proportionnelle, les cartes d’identité numérisées, les modifications apportées au système électoral, ont permis la représentation de l’opposition au niveau de l’Assemblée nationale et du Sénat, du conseil municipal de nombreux départements, même si cette représentation demeure très modeste et en deçà de son poids électoral. Il est possible d’avancer de manière encore plus significative dans cette direction, à condition que les acteurs s’engagent dans la concertation effective. L’établissement d’un Code de conduite entre les acteurs de la scène publique, la définition d’un statut de l’opposition, l’amélioration du système démocratique et du régime des élections, l’accès équitable aux médias publics et autres institutions relevant du domaine public, devraient figurer en bonne place parmi les sujets prioritaires, en vue d’une démocratie apaisée et inclusive.

L’UFP a toujours insisté sur la nécessité pour notre pays, l’ensemble de ses forces vives, de se pencher sur le pourrissement avancé des piliers de l’Etat, sur la gangrène qui gagne l’appareil de l’Etat et les forces de sécurité, sur la situation catastrophique de l’administration et du système judiciaire et pénitentiaire. C’est là, également, l’un des enjeux majeurs qui exige un sursaut patriotique.

3.3. Encore une fois sur la question de l’esclavage :

Les séquelles et les vestiges de l’esclavage surgissent souvent au-devant de la scène nationale et continuent de faire l’objet de débats généralement passionnés. Certains Mauritaniens, en particulier au niveau des catégories dirigeantes, voudraient jeter un voile pudique sur cette réalité hideuse. D’autres, par contre, ont tendance à la présenter comme s’il s’agissait du système dominant dans les relations qui régissent les rapports entre Mauritaniens. L’UFP voudrait, solennellement, réaffirmer ses convictions, fondées sur les enquêtes et les réflexions qu’elle a entreprises dans ce domaine. S’il existe encore des séquelles et des vestiges significatifs de l’esclavage dans notre pays, les rapports marchands de type capitaliste et de dépendance semi-féodale sont, de loin, les plus importants, les premiers jouant un rôle moteur indéniable.

Parce que l’un de ses principes constitutifs c’est la justice sociale et l’opposition à toute forme d’exploitation et d’oppression, l’UFP condamne fermement les pratiques persistances de l’esclavage qui en sont les formes les plus rétrogrades, et appelle à leur éradication complète. Pour y parvenir, l’UFP préconise l’élaboration et la mise en œuvre d’un programme économique, social et culturel, fondé sur la discrimination positive, la sensibilisation et l’éducation des populations rurales et la ferme répression dans les cas avérés.

3.4. Le passif humanitaire et la coexistence entre les communautés mauritaniennes :

Dans son analyse de la société mauritanienne, l’UFP a toujours estimé qu’elle comporte plusieurs communautés : les Arabes, les Haal Pulaar’en, les Sooninke et les Wolof. Elle est fière d’être l’héritière du mouvement politique qui a initié cette analyse et a convaincu les forces vives du pays, pour construire une unité nationale viable, d’adopter le principe de la reconnaissance effective de ces communautés, de leur égalité en droits, en y puisant les ressources nécessaires à l’enrichissement mutuel, sur la base du respect des différences.

Dans des conditions historiques particulières, durant la période 1989-1991, notre pays a vécu des moments éprouvants au cours desquels des émigrés mauritaniens et sénégalais ont été victimes de graves sévices, de part et d’autre du fleuve Sénégal ; des citoyens appartenant aux communautés négro-africaines ont été l’objet d’arrestations arbitraires, d’emprisonnements, d’atteintes graves à leur intégrité physique et morale, et même de déportations et de tueries. Nous nous inclinons respectueusement devant la mémoire de tous ceux qui sont morts, de part et d’autre, exprimons notre solidarité à toutes les victimes de ces événements, et réitérons notre ferme condamnation des politiques qui y a conduit. Nous devons, nous Mauritaniens, puiser au plus profond de nous-mêmes le courage nécessaire pour oser en parler, sans passion ni esprit de revanche, apporter les réparations nécessaires, panser les plaies de ceux qui en souffrent encore et pardonner. L’exemple de l’Afrique du Sud et, à un degré moindre, celui du Maroc, devraient nous inspirer. Plus récemment, l’instabilité qu’a connue le pays a provoqué des clivages et tensions régionales qui continuent de marquer les esprits et de fragiliser l’unité nationale.

Nous avons évoqué d’importantes contradictions qui secouent notre société et qui sont porteuses de risques de confrontations pouvant conduire à de graves dommages pour le pays. Conscient de cela, l’UFP a élaboré et mis en œuvre une politique de dialogue et de consensus national. Voyons de plus près les leçons que nous pouvons en tirer, en liaison avec l’avenir prévisible.

4. L’ASPIRATION GENERALE AU DIALOGUE ET L’EXIGENCE DU COMPROMIS NATIONAL

Analysant les conditions historiques particulières de notre pays, tirant les leçons des crises et conflits qui ensanglantent l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique des Grands Lacs et le Moyen-Orient, l’UFP, tenant pleinement compte de la nécessité d’une démocratisation pacifique, des rapports de forces entre le pouvoir et l’opposition, a préconisé et adopté, dès août 1998, la politique de dialogue et de compromis national.

Si, pendant quelques années, cette politique a suscité des illusions de ralliement sans conditions au sein de certains secteurs du pouvoir, d’une part, et des accusations diffamatoires de la part d’une partie de l’opposition, on peut se féliciter aujourd’hui d’une meilleure compréhension de la part de larges secteurs de l’opinion. Tous les acteurs de la scène politique, quelles que soient les nuances, sont unanimes pour prôner le dialogue. Les médias les plus influents, l’ensemble des autres acteurs de la scène publique, sans exception, soutiennent la politique du dialogue et appellent de tous leurs vœux à sa mise en œuvre effective. Les partenaires de la Mauritanie, à travers le PNUD et les chancelleries étrangères, a pris d’heureuses initiatives pour encourager le dialogue entre les forces vives de notre pays.

Forte de la justesse de sa ligne politique et de ses principes directeurs, l’UFP, malgré ses insuffisances et ses faiblesses, a réussi à élargir son influence et à devenir l’un des membres les plus actifs de l’opposition, un acteur incontournable de la scène politique.

Au cours de la préparation du présent Congrès, l’UFP a achevé son implantation par la mise en place de ses différentes structures. Le fonctionnement de ses instances, y compris la tenue de sessions du Bureau exécutif consacrées à l’élaboration du budget et au contrôle, est conforme aux dispositions statutaires et au principe de bonne gouvernance. Nous sommes parmi les rares partis politiques de notre pays à disposer de comptes transparents, en conformité avec les dispositions de la loi. Nous invitons tous les partis, dans une perspective de saine émulation, à rivaliser dans ce domaine.

L’UFP a également contribué activement à tourner les esprits vers l’ouverture, avec l’adoption par l’opposition d’une plateforme pour le dialogue et, par un entretien avec le Président de la République, elle a contribué à la décrispation, condition sine qua non d’un procès et d’un verdict d’apaisement.

Au niveau international, notre Parti a renforcé ses relations avec les partis politiques africains, du Mali, du Sénégal, d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe. En Europe en particulier, notre responsable aux relations internationales dirige la coordination des partis d’Afrique de l’Ouest. Il participe à l’initiative d’une rencontre entre les partis politiques, les médias, les associations de la société civile d’Afrique de l’Ouest, ainsi qu’à de nombreux forums internationaux regroupant des partis progressistes de tous les continents. Deux partis politiques africains, dont le nôtre, figurent officiellement sur la liste des invités du Forum de Porto Alegre de 2004. Nous établissons progressivement des relations fraternelles avec nos partenaires du Maghreb et du Moyen-Orient. Ainsi, avons-nous participé à la dernière rencontre entre les partis arabes qui s’est tenue à Tripoli en mars 2005. Le responsable de la commission parlementaire de l’UFP, à titre de représentant de l’opposition dans le quota mauritanien, participe au parlement de l’Union africaine où il a apporté une contribution remarquée. L’un de nos députés a effectué des missions de diplomatie parlementaire, en particulier en France.

Nous sommes conscients du long chemin à parcourir pour parvenir à notre aspiration à exercer le pouvoir et à édifier le projet de société qui est le nôtre. Pour cela, nous devons faire de notre parti une véritable école de formation, approfondir davantage le recours à des méthodes d’enquête et d’analyse scientifiques, élargir nos rangs et nos alliances, renforcer notre liaison avec les populations et acquérir leur confiance, en particulier parmi les jeunes et les femmes.

Dans les compétitions prochaines – municipales, législatives et présidentielle – notre Parti hissera haut son étendard et s’emploiera de toutes ses forces à y gagner le maximum de Mauritaniens, tout en restant ouvert à toutes les formes d’alliances compatibles avec ses objectifs du moment.

L’opinion publique dans son ensemble souhaite vivement la concertation entre l’ensemble des acteurs du pays, pour apporter des réformes profondes au système démocratique, élaborer des modes de répartition équitable des richesses du pays, édifier un véritable Etat de droit, pour esquisser les grandes lignes d’un mode nouveau de gouvernement des affaires du pays.

C’est un besoin urgent et impérieux pour nous et nos enfants. Nous avons connu de graves secousses en juin 2003 et en juin 2004. Tout en rejetant le recours à la violence pour surmonter les crises et les conflits qui traversent notre pays, force est de reconnaître que ces tentatives de prise du pouvoir par la force sont intervenus à des moments où la situation politique du pays apparaissait bloquée pour l’opinion publique et les observateurs avisés, exigeant de nouvelles initiatives pour des lendemains meilleurs.

Les Mauritaniens et leurs amis ont suivi de près le procès du dernier trimestre de 2004, et se sont, légitimement inquiétés de son issue. Ils ont accueilli le verdict et la libération des leaders islamistes avec soulagement et beaucoup d’espoir pour l’ouverture d’un dialogue véritable entre le pouvoir et l’opposition. Aujourd’hui, l’attente se prolongeant, des signes d’inquiétude commencent à poindre, le scepticisme gagne à nouveau l’opinion. La déliquescence de l’Etat, les détournements des deniers publics, la gabegie, la pagaille qui prévaut dans la valse des prix et bien d’autres domaines exigent un remède de cheval. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, beaucoup de citoyens conscients s’interrogent sur les graves conséquences que le pourrissement de la situation politique et économique et l’absence d’initiatives politiques significatives pourraient avoir sur la cohésion et l’unité du pays. L’UFP partage ces préoccupations et lance un vibrant appel à l’ensemble des partenaires, de l’opposition et du pouvoir, pour un sursaut patriotique, à la hauteur des exigences de la situation et des attentes de notre peuple.

5. LES PRINCIPAUX AXES D’ORIENTATION DE LA POLITIQUE DE L’UFP DANS LA PERIODE ACTUELLE

La première préoccupation de notre Parti portera sur le maintien et l’approfondissement de la politique du dialogue, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, dans la mesure de ses moyens. Nous initierons, encouragerons ou serons disposés à participer à toutes les démarches qui pourraient être prises dans ce sens par les acteurs de la scène publique.

Sur le plan intérieur, nous pensons que la poursuite de la politique du dialogue passe par la recherche et la mise en œuvre de compromis inclusifs, faisant appel à toutes les volontés, venant de toutes les obédiences, chacun selon ses capacités et ses dispositions.

C’est l’occasion pour nous, de saluer les dispositions réitérées à l’unité et au dialogue de l’ensemble des forces de l’opposition, sans exclusive, ainsi que de certains membres de la mouvance présidentielle. Nous ne ménagerons ni nos efforts ni notre esprit de sacrifice pour contribuer à renforcer les liens de solidarité et d’actions communes au sein de l’opposition, dans le respect des différences et l’indépendance de décision de chacune de ses composantes.

Il nous revient également de saluer très sincèrement, depuis que nous sommes engagés dans la politique du dialogue, la disposition du Président de la République, à nous recevoir, à nous écouter et à discuter avec nous en toute franchise, de tous nos sujets de préoccupation, toutes les fois que nous en avons fait la demande et en toute circonstance. C’est l’occasion pour nous de reconnaître, solennellement, qu’en des moments difficiles pour le pays, il a respecté les engagements qu’il a pris lors de ces entretiens.

Plaçant par-dessus tout le salut de notre patrie, l’UFP s’emploiera à tirer le meilleur parti de ces dispositions de l’opposition, de la mouvance présidentielle et du Président de la République, pour aider à établir un climat de décrispation et de sérénité entre l’ensemble des acteurs, fondé sur la reconnaissance mutuelle entre le pouvoir et l’opposition, la définition d’un statut de l’opposition et l’établissement d’un code de conduite.

Sur le plan extérieur, l’UFP s’emploiera à développer des relations empreintes d’ouverture, d’esprit de solidarité et de compréhension mutuelle avec l’ensemble des forces politiques de la sous-région ouest et nord africaine, en vue de participer à l’établissement d’un climat de paix et de concorde fraternelles, fondées sur le dialogue, la recherche de compromis et d’avantages mutuels, entre les peuples et les pays. Des rencontres périodiques entre les forces vives des différents pays et des actions de solidarité concrète entre elles pourraient aider à renforcer l’opinion en faveur de l’intégration.

La seconde préoccupation de notre Parti concernera l’élaboration d’un programme minimum de gestion des affaires du pays qu’elle proposera à tous les acteurs, dans le but de contribuer à stabiliser la situation sur des bases démocratiques, de répartir équitablement les richesses, d’assainir le climat social et d’ouvrir des perspectives réelles d’une véritable renaissance nationale.

Sur la base de ce programme de réformes, nous sommes disposés à participer à la direction des affaires du pays avec tous ceux qui partagent cette vision de la renaissance nationale et sont déterminés à la faire triompher. Tous ceux qui auront choisi cette voie, doivent se convaincre de la nécessité de mobiliser les couches les plus larges de notre peuple pour mener les luttes pacifiques et démocratiques, indispensables pour la mise en œuvre de tels changements.

L’avenir appartient aux peuples patients et persévérants ! La renaissance nationale est l’unique voie pour le salut de notre patrie !

Vive la politique de dialogue et de compromis national !

Vive la paix et la solidarité entre tous les peuples de la sous-région et les peuples du monde !

Vive le IIe Congrès de l’Union des Forces de Progrès !



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